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Tome sixieme.
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L I V R E XV. CHAP. V. 199

Comme depuis longtems on ne démandoit qu’à fe révolter, & qu’ilne falloit plus que quelqu’un pour pousser les autres & fe mettre à leurtête, ce fut un feu qui éclata dans le moment qu’il commença à pren-dre. 11 n’y avoit pas encore quatre heures que l’on parloit de fe sou-lever , lorsque tous les ordres tant de la guerre que de de la Magistra-ture fe trouvèrent réunis dans le même sentiment. Un accident vintalors tout à propos pour favoriser Pentreprife. On remit une lettreà Agathocles, & on lui amena des espions. Lai lettre étoit de Tlépo-léme, qui mandoit qu’il joindroit incessamment l’armée, & les espionsannonçoient qu’il en étoit déja proche. Cette nouvelle le mit tellementhors de lui-même, que toute affaire, tout conseil cessant, il s’en allaprendre son repas à Pheure ordinaire, & s’y divertit comme il avoitcoutume de faire.

Mais Oenanthe pénétrée de douleur fut dans le Thesmophore, oule Temple de Céres & de Proferpine, lequel étoit ouvert pour quelquefacritice qui fe faiíoit tous les ans k pareil jour. D’abord elle tom-ba fur fes genoux, & adressa aux Déesses les prières les plus pres-santes. Elle s’aflit ensuite au pié de Pau tel, & resta là tranquille.Quantité de femmes voioient avec plailìr la tristesse & Paflìiction oùelle étoit, & demeuroient en íilence. Mais les parentes de Polycrate& quelques autres des plus illustres, ne sachant pas les raisons de fadouleur , Rapprochèrent d’elle & tâchèrent de la consoler. AlorsOenanthe jettant un grand cri: ne m’approchez pas, dit-il, bêtes fa-rouches que vous êtes, je vous connois bien, vous nous êtes contrai-res , vous priez les Déesses de nous envoler les pius grands maux. Maisj’cipére qu’elles permettront que vous mangiez vos propres enfans. En-suite elle ordonna à fes femmes de chasser les autres qui étoienc ve-nues , & de frapper celles qui refuíèroient de fe retirer. A ces motsles Dames s’en allèrent levant les mains au ciel, & le priant de fai-re retomber fur Oenanthe les maux dont elle ménaçoit les autres.

Quoique la résolution de changer le Gouvernement eût été déjaprise par les hommes, leur haine cependant redoubla, lorfqu’ils virentchacun leur femme dans une si grande colère. A peine le jour fut-iltombé, que l’on ne vit dans la ville que tumulte, que flambeaux, quegens qui couroient de côté & d’autre. Ceux-ci s’assembloient en criantdans le Stade, ceux-là s’animoient les uns les autres, il y en avoit qui,pour n’être pas exposés aux fuites de ce soulèvement , fe cachoientdans des maisons ou des lieux où l’on ne pouvoit soupçonner qu’ils fus-sent. Déja tout le terrain d’autour du palais, le Stade, la place étoitcouverte te toute forte de gens, & de ceux surtout qui fréquentent lethéâtre de Bacchus, lorsqu’on fut informer Agatocles de ce qui fepassoit. II n’y avoit pas longtems qu’il étoit sorti de table, il s’éveilleencore plein au yin qu’il avoit bû, il prend toute fa famille, excepté