LIVRE XV. CHAP. V. 101
qu’il prît garde de ne pas sortir lui-même. Dès qu’il fut parti lesMacédoniens avancèrent à la seconde porte & renfoncèrent. Aga-thocles jugeant par-là & par la réponse qu’on lui avoit aportée, dela colère où ils étoient, leur tendit les mains en suppliant. Agatho-clée de son côté se découvrit le sein dont elle disoit qu’elle avoitnourri le Roi. Tous deux les conjuroient par tout ce qu’ils pou-voient dire de plus touchant de leur accorder au moins la vie. Leurslarmes & leurs gémiíTemens ne servant de rien, enfin ils envolèrentle jeune Roi avec les gardes. Les Macédoniens le prennent, lemettent fur un cheval & le conduisent au Scade. Dès qu’il parut,toute la place retentit de cris de joie & d’applaudissement. On ar-rêta le cheval, on en décendit le Roi, & on le conduisit jusqu’àl’endroit d’où les Rois ont coutume de se faire voir.
Parmi la multitude on étoit partagé entre la joie & la douleur. Onétoit très-content que le Roi eût été amené, mais on étoit en mêmetems chagrin que l'on n’eíit pas pris ceux qui étoient la cauíè de tousles troubles, & qu’ils ne reçûssent pas un châtiment proportionné àleur crime. C’est pourquoi l’on ne ceísoit de crier & de commanderque l’on se saisît de ces scélérats, Sc que l’on en fît un exemple. Lejour aiant paru Sc la populace ne sçachant sur qui faire éclater son res-sentiment, un des gardes nommé Soíibe s’aviíà d’un expédient fortheureux pour tirer le Roi d’embarras& pour appaiser le tumulte. Volantque la colère du peuple ne se calmoit point, & la peine où étoit lejeune Prince d’être environné de gens qu’il ne connoiíìbit pas, & d’en-tendre le bruit qu’une multitude de peuple faisoit à ses oreilles, il de-manda au Roi s’il n’abandonnoit pas au peuple ceux qui en avoientmal agi à son égard & à celui de sa mère. Le Roi dit qu’il le vouloitbien. Sosibe donne ordre à quelques gardes de publier quelles étoientles intentions du Roi, & enleva en même tems ce jeune Prince pourle conduire dans fa maison qui étoit proche Sc lui servir à manger.
La volonté du Roi aiant été hautement déclarée, on n’entendit partout que cris de joie, que des applaudissemens. Alors Agathocles Sc fasœur se séparent & se retirent chacun chez soi. Quelques soldats, lesuns de leur propre mouvement, les autres poussés par la populace, semirent en devoir de les chercher. Le massacre suivit bientôt, mais cene fut que par un pur hazard. Un homme de la maison d’Agathocles& un de ses flatteurs nommé Philon, entrant plein de vin dans le Sta-de & volant la disposition de la populace contre son Maître, dit à ceuxqui étoient autour de lui, qu’à présent comme auparavant, ils ne ver-roient pas plutôt Agathocles qu’ils changeroient de sentiment. A cesmots, les uns le chargent d’injures, les autres le poussent avec violen-ce ; comme il fait effort pour se défendre, on lui déchire son manteau,on le perce à coups de lances, on le traîne avec ignominie encore toutTome FL C c pal-