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Tome sixieme.
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HISTOIRE DE POL'YBE,

Philon, vient au Roi, lui dit quelques paroles fur fa mauvaise fortune.,le prend par la main monte dans une galerie qui est entre le Mœan-dre & la Palestre, & qui conduit à rentrée du théâtre. Les deux pre-mières portes il les fait bien assurer, & passe jufqu’au-delà de la troisiè-me avec deux ou trois gardes, le Roi & íà famille. Ces portes étoientk jour , & elles fe fermoient a deux leviers.

11 s’étoit alors assemblé de toute la ville une populace infinie, nonseulement les rués & les places en étoient couvertes, mais encore les'escaliers & les toits. II s’élevoit un bruit confus de voix de femmes &d’enfans mêlées avec celles des hommes. Car k Alexandrie comme àChalcédoine Ce ft la coutume, dans ces fortes de troubles les enfansnefont pas moins de bruit que les hommes. Quand le jour fut venu, quel-que grande que fût la confusion de voix , on entendoit cependant sur-tout que c’étoit le Roi que l'on demandoit. D’abord les Macédonienssortant de leurs tentes, s’emparent de f endroit du palais où fe tenoientles conseils. Peu après aiant appris où étoit le Roi, ils y furent & en-foncèrent les deux premières portes de la première galerie. A la se-conde ils demandèrent le Roi à grands cris. Agathocles comprit alorsle danger qu’il couroit, il pria les gardes d’aller trouver les Macédo-niens , & de leur dire de fa part, q u'il quittoit le Gouvernement,qu'il renonçoit à fa puissance & aux honneurs qu’il possédoit, qu’il fedéfaifoit même de tous les biens & revenus qu’il a volt, qu’il ne deman-doit que la vie & le petit secours nécessaire pour la soutenir, que ren-trant ainsi dans son premier état il ne pourroit faire de peine à person-ne , quand même il le voudroit.

II n’y eut personne des gardes qui voulût fe charger de cette commis-sion, hors un certain Ariftoméne, qui quelque temsaprès eut la princi-pale part dans le Gouvernement. Cet homme étoit Acarnanien. Avan-cé en âge & devenu maître des affaires, il fe lit une grande réputationpar la sage & prudente conduite qu’il tint à l’égard du Roi & du lloi-aume : aussi habile en cela qu’il l’avoit été à flatter Agathocles, pen-dant que celui-ci étoit dans fi plus grande prospérité. 11 fut le premier,qui l’aiant invité à dîner chez lui, le distingua des autres conviés jus-qu’k lui mettre une couronne d’or fur la tête, ce que la coutume nepermet d’accorder qu’aux Rois. II osa aussi le premier porter son por-trait sur une bague. Une fille lui étant née, il lui donna le nom d’A-gathoclée. En voilà assez pour le faire connoître.

Ariftoméne aiant donc reçu cet ordre, fort par une petite porte &vient aux Macédoniens. A peine eut-il dit quelques paroles & expli-qué les intentions d’Agathocles, qu’ils voulurent lui passer leurs épéesau travers du corps. Mais défendu par certains de la troupe qui de-mandoient que l’on fît main basse fur la multitude, il retourna vers A-gathocles, avec ordre de lui dire, qu’il leur amenât le Roi, ou