LIVRE XVI. C II A P. Vira
CHAPITRE VIL
Description d'Abyde de Se/le. Siège de cette prenière ville
par Philippe*
L A situation d’Abyde & de Sefte, les commodités que l’on trouvedans ces deux villes font L connues même parmi le vulgaire, qu’ilme paroît fort inutile d’en faire ici une longue description. Cependantil fera bon, pour une plus grande intelligence de ce que je vai rappor-ter, qu'en peu de mots f en rappelle k mes lecteurs le souvenir, & jeparlerai de maniéré de ces deux places , qu’en comparant ensemble ceque j’en dirai, on les connoîtra mieux que íi l’on étoit fur les lieux.Comme de l’Ocean ou de la mer Atlantique il n’eft pas possible d’en-trer dans notre mer fans traverser le détroit des colonnes d’Hercule,de même on ne peut aller de notre mer dans la Propontide & le Pont,qu’on ne passe entre Abyde & Sefte. Et ce n’eíl pas fans raison quela fortune, en formant ces deux détroits, a voulu que celui des colon-nes d’Hercule fût de soixante fades, & que celui de l’Hélefpont ne fûtque de deux; c’eft, à ce que je puis conjecturer, parce que la merextérieure est beaucoup plus grande que la nôtre. Au reste le détroitd’Abyde est plus avantageusement situé que l’autre. Car il est habitéde l’un & de l’autre côté, & il sert comme de porte pour la communi-cation des peuples. Les gens de pied passent d’un continent à l’autrefur un pont, on y va aussi par mer, & ce passage est très - fréquenté :au lieu que l’on fait très-peu d’u sage du détroit des colonnes d’Hercu-le , premièrement parce que peu de gens sont en commerce avec lespeuples qui habitent les extrémités de l’Afrique & de l’Europe, & ensecond lieu parce que la mer extérieure est inconnue. Abyde est envi-ronnée des deux côtés par des promontoires d’Europe, & il y a unport où les vaisseaux sont k l’abri de toutes fortes de vents, & hors duport, il est impossible de jetter l’ancre proche de la ville, tant est gran-de la rapidité & la violence du cours de l’eau dans le détroit.
Philippe assiégeoit cette ville par mer & par terre. Par mer en hé-rissant de pieux ìe port, & par terre en conduisant autour de la ville desretranchemens. Quoique les préparatifs du siège fussent grands, quel’appareil en fût terrible, & que de part & d’autre on n’omrt rien dece qui se pratique ordinairement, soit pour attaquer ou pour se défen-dre , ce n’eft point par - lk que ce siège est digne d’admiration. Maissi l’on considère le courage & la constance inébranlable avec laquelleles Abydéniens l’ont soutenu r il n’y en a point dont l’Histoire mérite
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