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II 1 S T O I R E DE P O t Y B E,
voit lc char de son vainqueur avec les autres prisonniers, & mourutquelque tems après dans la prison. Pendant plusieurs jours ce ne fut à'Rome que jeux & que spectacles, aux frais desquels Scipion fournissoitavec une magnificence digne de lui.
CHAPITRE VI.
Philippe rétablit ses affaires , £ 5 ? j ait heureusement la guerrecontre Attalus £ 5 ? les Rhodiens.
I L est assez ordinaire de voir des gens capables de commencer bienune assaire & de la suivre avec la même adeur jusqu'à un certainpoint : mais on voit peu de personnes qui sçachent la conduire jusqu’àla fin, & regagner par la force de sesprit ce que la fortune, en traver-sant leur dessein, leur auroit fait perdre de vivacité. Autant quel'on peut justement blâmer Attalus & les Rhodiens de leur noncha-lance, autant on doit louer Philippe pour la noblesse de ses projets,l’élevation de son esprit, & la constance dans ses résolutions. Je croidevoir avertir que je ne prétens pas que cet éloge s’étende â toute lavie de ce Prince. II n’est ici question que de la fermeté qu’il eut dansles conjonctures présentes. Cet avis étoit nécessaire. Sans cela l’onme reprocheroit peut-être de ne pas m’accorder avec moi-même, par-ce qu’après avoir loué plus haut Attalus & les Rhodiens & blâmé Phi-lippe, je tiens ici un langage contraire. C’est pour prévenir ce repro-che, que j’ai dit dès le commencement de cet Ouvrage, qu’il étoit né-cessaire de louer quelquefois & de censurer les mêmes personnes ; par-ce que souvent, selon les circonstances où l’on se trouve, on prend unbon ou un mauvais parti, «Sc qu’indépendamment même des circon-stances , l’homme se porte de lui-même quelquefois à ce qu’il lui impor-te de faire, & quelquefois à ce qui lui est préjudiciable. Philippe nousfournit un exemple de ces états différens que l’on remarque dans leshommes. Chagrin de ses pertes passées » il ne suivoit que les mouve-mens de fa colère. Cependant il se conduisit dans l’occasion présenteavec une présence d’esprit qui passe les forces ordinaires de la nature.Ausi après avoir déclaré de nouveau la guerre à Attalus & aux Rho-diens, il vint heureusement à bout de son entreprise. Ce qui m’a don-né lieu de faire cette petite digression, c’est que j’ai vû des gens quicomme de mauvais coureurs s’arrêtoient au milieu de la carrière & a-bandonnoient des affaires déja avancées, & d’autres qui pour ne s’êtrc.point rebutés ont glorieusement exécuté leurs desseins.
C H A-