LIVRE XVII. C II A P. III. 2 3 )
sont ornés , tant les joícìats fe font ferrés les uns contre les autres. Cet-te peinture est auflì belle qu’élégante; 6c de là il s’enfuit qu’avant lepremier rang il y en a cinq de là ri lies, plus courtes les unes que lesautres de deux coudées, à mesure qu’elles s’éloignent du premier rangau cinquième. Or comme la phalange est rangée fur seize de profon-deur, on peut aisément se figurer quel est le choc, le poids 6c la for-ce de cette ordonnance. 11 est vrai cependant qu’au-delà du cinquiè-me rang les sarisses ne font d’aucun usage pour le combat. Aussi ne lesallonge-1-on pas en avant, mais on les appuie fur les épaules du rangprécédent la pointe en haut, asm que pressées elles rompent Pempétuo-fìté des traits, qui passent au-delà des premiers rangs & pourroienttomber fur ceux qui les suivent. Ces rangs postérieurs : 6c reculés ontcependant leur utilité. Car en marchant à l’ennemi ils poussent & pres-sent ceux qui les précédent, & ôtent à ceux qui font devant eux toutmoien de retourner en arriére. On a vû la disposition tant du corpsentier que des parties de la phalange Volons maintenant ce qui estpropre de l’armure 6c de l’ordonnance des Romains, pour en faire lacomparaison avec celle des Macédoniens.
Le soldat Romain n’occupe non plus que trois piés de terrain: maiscomme pour se couvrir de leurs boucliers «Sc frapper d’estoc «Sc de tail-le, ils font dans la nécessité de se donner quelque mouvement, il fautqisentre chaque légionnaire, soit à côté ou par derrière, il reste aumoins trois piésjd’intervalle, si l'on veut qu’ils se remuent commo-dément. Chaque soldat Romain combattant contre une phalangea donc deux hommes 6c dix sarisses à forcer. Or quand on envient aux mains, il ne les-peut forcer ni en coupant, ni en rom-pant, 6c les rangs qui le suivent ne lui sont pour cela d’aucun se-cours. La violence du choc lui seroit également inutile 6c son épéene seroit nul effet. J’ai donc eu raison de dire que la phalange, tantqu’elle se conserve dans son état propre 6c naturel, est invincible defront, 6c que nulle autre ordonnance n’en peut soutenir l’eftbrt.D’où vient donc que les Romains font victorieux? Pourquoi la pha-lange est - elle vaincue ? C’est que dans la guerre le tems 6c le lieu descombats se varient en une infinité de maniéré, 6c que la phalangen’est propre que dans un tems 6c d’une seule façon. Quand il s’agitd’une action décisive, si Pennemi est forcé d’avoir affaire à la phalangedans un tems «Sc dans un terrain qui lui soient convenables, nous Pa-vons déjadit, il y a toute forte d’apparence que tout Pavantage feradu côté de la phalange. Mais si l’on peut éviter Pu n «Sc Pautre, com-me il est aisé de le faire, qu’y a-t-il de si redoutable dans cette ordon-nance? Que pour tirer parti d’une phalange, il soit nécessaire de luitrouver un terrain plat, découvert, uni, sans fossés, fans fondrières,fans gorges, fans éminences, fans rivières ; c’est une chose avouée de
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