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Tome sixieme.
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33* HISTOIRE DE POLYBE 3

qu’on ne louera pas les vainqueurs fans connoissance de cause, commeont coutume de fàire les personnes non éclairées; mais qu’on s’acccû-tumera enfin à les louer par principes & par raison.

Je ne crois pas devoir avertir qu’il ne faut pas juger de ces deux ma-nières de fe ranger par les combats qu’Annibal a livrés aux Romains,& par les victoires qu’il a gagnées fur eux. Ce n’est ni par la façon des’armer ni par celle de fe ranger qu’Annibal a vaincu, cteft par fes ru-ses & par fa dextérité. Nous savons fait voir clairement dans le ré-cit que nous avons donné de ces combats. Si l’on en veut a’autrespreuves, qu’on jette les yeux fur le succès de la guerre. Dès queles troupes Romaines eurent à leur tête un Général d’égaîe force,elles furent aussi-tôt victorieuses. Qu’on en croie Annibal lui-mê-me, qui aussi-tôt après la première bataille abandonna l’armure Car-thaginoise, & qui aiant fait prendre à fes troupes celle des Romains,n’a jamais discontinué de s’en servir. Pyrrhus fit encore plus, car ilne so contenta pas de prendre les armes, il emploia les troupes mê-mes d’Italie. Dans les combats qu’il donna aux Romains, il rangeoitalternativement une de leurs compagnies & une cohorte en forme dephalange. Encore ce mélange ne lui servit-il de rien pour vain-cre: tous les avantages qu’il a remportés ont toujours été très-é-quivoques. II étoit nécessaire que je prévinsse ainsi mes lecteurs,asm qu’il ne fe présente rien à leur esprit qui paroisse peu conformeà ce que je dois dire dans la fuite. Je viens donc à la comparai-son des deux différens ordres de bataille.

C’elt une chose constante & qui se peut justifier par mille endroits rque tant que la phalange fe maintient dans son état propre & naturel,rien ne peut y résister de front ni soutenir la violence de son choc.Dans cette ordonnance, on donne au soldat en armes trois piés deterrain. La farisse étoit longue de fehz.e coudées. Depuis elle a étéaccourcie de deux pour la rendre plus cnmmode, & aprés ce retran-chement il reste, depuis sendroit cù le soldat la tient jusqn’au boutqui passe derrière lui & qui sert comme de contrepoids à sautre bout,quatre coudées; & par conséquent íì la fuisse est poussée des deuxmains contre sennemi, elle s’étend dix coudées devant le soldat qui lapousse. Ainsi quand la phalange est dans son état propre, & le sol-dat qui est: à côté ou par derrière joint son voisin autant qu’ii le doit,les farisses du second, troisième & quatrième rang s’avancent au-delàdu premier plus que celles du cinquième, qui n’ont au-delà de ce pre-mier rang que deux coudées. Ce prestement de la phalange est dé-crit dans Homère en ces termes : Les boucliers joignent les bou-cliers , les casques touchent les cajques , le soldat appuie le soldatsdon volt fioter au dejjus des casques les brillantes

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