2)8 AMBASSADES DE P O L Y B E,
part n’en croioient pas leurs propres oreilles; la chose leur paroissoit siextraordinaire, qu’il leur sembloit ne savoir entendue que comme ensonge. Quelqu’un plus impatient cria qu’on fît revenir le héraut, quela trompette imposât silence & (ju’on répétât le Sénatusconsulte. Cen’étoit pas tant, à mon avis, pour entendre que pour voir celui quiannonçoit une nouvelle si difficile à croire. Le héraut reparaît, latrompette sonne, la nouvelle serepublie, les applaudissemens recom-mencent & avec tant d’éclat, qu’il seroit difficile aujourd’hui de don-ner une juste idée de cet événement. Quand le bruit fut cessé, lesathlètes entrèrent dans la lice, mais on n’y fit aucune attention. Lesuns s’entretenoient avec leurs voisins de' ce qúi venoit dé se passer, lesautres en étoient profondément occupés & sembloient être hors d’eux-mêmes. Après le speótacle, la foule transportée de joie s’approcha duConsul pour le remercier. La presse étoit telle qu’il pensa en être é-toussé. On vouloit voir son visage, saluer son libérateur, & touchersa main. On lui jettoit des couronnes & des guirlandes, enfin peus’en fallut qu’il ne fut écrasé. Mais quelque éclatantes que sussent ces'marques de reconnoissance, on peut dire hardiment qu’elles étoient en-core beaucoup au dessous du bienfait. Qu’il est beau de voir les Ro-mains concevoir le dessein de venir à leurs frais & à travers mille périlsdans la Gréce pour la tirer de servitude! Qu’il est grand d’y conduiredes forces capables d’exécuter une si grande entreprise! Mais ce qu’ily a de plus prodigieux, c’est que la fortune n’y ait pas apporté le moin-dre obstacle, & qu’elle ait tout favorisé jufqu’à cet heureux moment,où à la feule voix d’un héraut tous les Grecs tant ceux d’Aíie que ceuxd’Europe, se sont vûs libres, fans garnisons, fans tribut & fous leurspropres loix.
La fête passée, les Députés donnèrent audiance aux Ambassadeursd’Antiochus, & ordonnèrent que ce Prince n’en t reprit rien fur les vil-les d’Asie qui étoient libres, qu’il se retirât de toutes celles qu’il avoitenvahies fur Ptolémée & fur Philippe. 11s lui défendirent de passer enEurope avec une armée, puisque les Grecs n’avoient plus de guerre àsoutenir contre personne; & qu’ils jouissoient d’une entière liberté. Ilsfinirent en promettant qu’il iroit quelqu’un de leur part vers Antiochus.Hégélianax & Lyfias se retirèrent avec ces ordres. On fit appeller en-suite les Ambassadeurs des nations & des villes, & on leur déclara lesrésolutions du Conseil. On remit en liberté les Macédoniens appellesQrestes, parce que pendant la guerre ils s’étoient joints aux Romains.La même grâce fut accordée aux Perrhébiens, aux Dolopes & aux Ma-gnâtes. Outre la liberté, les Thessaliens obtinrent que les Achéens'Phtiotes fussent unis à leur territoire, on en excepta néanmoins Tbé-bés, Pharsale & Leucade, trois villes que les Etoliens réclamèrent envertu du premier Traité. Mais le Conseil différa de lés leur abandon-