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Tome sixieme.
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AMBASSADES DE POLYBE. Z5F

Ambassade, à la tête de laquelle étoit Pub. Licinius. De quels ordresles Ambassadeurs-furent chargés, c’est ce qu’ii n’est pas aiíe de dire,qtioiqu’il ne soit pas difficile de le conjecturer par les événemens qui arri-vèrent ensuite.

On vit encore à Rome dans ce tems-là même deux députations dela part de la République Rhodienne. Philocrates étoit Chef de la pre-mière, à la tête de la seconde étoient Philophron & Astyméde. Laréponse que le Sénat, après la défaite de Perfée, avoit faite à Agéíipo-lis, produisit ces deux Ambassades, dont le but étoit de calmer les Ro-mains, qui, selon cette réponse, paroissoient extrêmement irrités con-tre les Rhodiens. Astyméde & Philophron, dans toutes les audiencesqu’on leur donnoit, soit publiques soit particulières, ne voioient quedes sujets d'épouvante. L’indiípoíltion où ils sentoient qu’étoient lesRomains à l’égard de Rhodes, les consternoit. Mais ce fut bien pis,lorsqu 1 un Préteur, du haut de la tribune aux harangues, excita lepeuple à dénoncer la guerre aux Rhodiens. Le péril dont ils virentleur patrie menacée les saisit de fraieur. ils se revêtirent d’habits lugu-bres. ils n'implorèrent pas seulement la protection de leurs amis, ilsdemandoient en fupplians & avec larmes qu'on ne décernât rien detrop rigoureux contre leur République. Cette grande alarme futde peu de durée. Au bout de quelques jours, conduits dans rassembléedu peuple par le Tribun Antonius,qui auparavant avoit fait décendrede la tribune le Préteur qui soulevoit le peuple contre les Rhodiens, ilsy justifièrent l’un après l’autre leurs compatriotes. Leurs discoursentrecoupés de sanglots touchèrent de compassion. Ils gagnèrentdu moins qu’on ne déclareroit pas la guerre à Rhodes. Mais leSénat leur fit de sanglans reproches fur différens chefs dont on lesaccu soit. On leur donna clairement à entendre que fans la consi-dération qu’on avoit pour quelques amis de la République, & sur-tout pour eux, on sçavoit fort bien de quelle maniéré on auroit pû latraiter.

Dans cette occasion Astyméde fit une apologie de fa patrie. IIétoit fort content de cette pièce, mais elle ne plut ni aux Grecsqui pour lors étoient à Rome comme voiageurs, ni à ceux qui y demeu-roient. II la répandit ensuite dans le public, & le public n’y trouva nisens commun ni équité. Elle étoit fondée cette apologie, moins furdes raisons tirées de la conduite de fa patrie, que fur les fautes où lesautres Grecs étoient tombés. Comparant ensemble ce que les Grecsavoient fait seuls ou avoient aide à faire pour les Romains, il exté-nuoit autant qu'il lui étoit possible les services des autres peuples dela Gréce,& exagérois outre mesure ceux que les Rhodiens avoient ren-dus. Quand il s’agissoit de fautes, c’étoit tout le contraire. Pendantqu’il chargeoit les autres avec emportement, il adoucissent & faiíòitTome VI. Y y