ET DE VICES. 459
je prìe le lecteur d’observer ici «Sc par tout où je dirai des Romainsquelque chose d’extraordinaire, que je sçai,àn’en pouvoir douter que lesRomains attirés par la curiosité de voir les plus illustres événemens deleur Histoire, ne manqueront pas de lire mon Ouvrage, qu’ils fontparfaitement instruits des faits que je raconte «Sc qui les regardent, «Scque je n’aurois ni pardon ni grâce à attendre d’eux, si j’avois l’impru-dence de débiter des choses fausses fur leur compte. Or personne nes’expose volontiers au péril de n’être pas cru «Sc d’être méprisé.
Mais puisque la suite des faits nous a conduits au tems, où nousdevons parler de cette illustre famille, il faut que je m’aquifte de lapromesse que j’ai faite dans mon premier Livre, que je dirois dansPoccaíìon pourquoi «Sc comment Scipion s’étoit fait à Rome une répu-tation au dessus de son âge, «Sc comment sa liaison avec moi s’étoit ac-crue à un point, que non feulement la renommée s’en étoit répanduedans l’Italie «Sc dans la Gréce, mais encore chez les nations les pluséloignées.
J’ai déja dit que notre commerce avoit commencé par les entretiensquè nous avions ensemble sur les livres qu’il me prêtoit. Cette unionavoit déja fait quelque progrès, lorsqu’au tems où les Grecs évoquésk Rome dévoient être dispersés dans différentes villes, les deux fils dePaul Emile, Fabius «Sc Publius Scipion, demandèrent avec instanceau Préteur que je demeurasse auprès d’eux. Pendant que j’y étois, uneavanture assez singulière servit beaucoup à serrer les liens de notre ami-tié. Un jour que Fabius alloit vers le Barreau «Sc que nous nous prome-nions Scipion «Sc moi d’un autre côté, ce jeune Romain, d’une ma-niéré douce & tendre «Sc rougissant tant soit peu, se plaignit de ce quemangeant avec lui «Sc son frère, j’adressois toujours parole à Fabius«Sc jamais k lui. „ Je sens bien, me dit-il, que cette indifférence vient„ de la pensée où vous êtes, comme tous nos citoiens, que je fuis un„ jeune homme inappliqué&qui n’ai rien du goût qui régne aujourd’hui„ dans Rome, parce qu’on ne volt pas que je m’attache aux exerci-„ ces du Barreau, «Sc que je m’applique aux talens de la parole. Mais„ comment le ferois-je? On me ait perpétuellement que ce n’eft point„ un Orateur que l’on attend de la maison des Scipions, mais un Gé-„ néral d’armée. Je vous avoue que votre indifférence pour moi me„ touche «Sc m’affiige sensiblement. Surpris d’un discours que je n’at-tendoispas d’un jeune Homme de dix-huit ans: „ Au nom des Dieux,„ lui dis-je, Scipion ne dites pas, ne pensez pas que si j’adresse or-„ dinairement la parole à votre frère, ce soit faute d’estime pour vous„ C’eít uniquement parce qu’il est votre aîné, que depuis le commen-„ cernent des conversations juíqu’à la fin je ne fais attention qu’k lui,„ & parce que je sçai que vous pensez de même l’un «Sc l’autre. . Au3, reste je ne puis trop admirer que vous reconnoiffiez que la non-
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