Band 
Tome sixieme.
Seite
462
JPEG-Download
 

4-Ó2 EXEMPLES DE VERTUSl’argent. On leur répond qu’on est prêt de leur en donner & on leurcompte à chacun vingt cinq talens. 11s disent au Banquier qu’il se trom-pe, & que cette somme ne doit pas être paiée toute à la fois, mais entrois termes. Le Banquier répond que tels étoient les ordres qu’il a-voit reçus, ils ne pouvoient le croire & vont trouver Scipion pour letirer de Terreur où il étoit, à ce qu’ils croioient. Et ils n’avoient pastort de le croire. Car k Rome, non seulement on ne paie pas cinquan-te talens avant les trois ans écoulés, mais on n’en paie pas seulementun avant le jour marqué. On y est trop attentif k ne pas se désaisir delòn argent, & trop avide d u fruit qn’on espère en tirer en le gardant.Ils s’informent donc du Scipion quel ordre il avoit donné au Banquier.De vous remettre toute la somme qui vous est âuë ■> répond-il. Maisil ne faut pas pour cela ì répliquèrent-ils, vous incommoder. Selonles ìoix , vous pouvez encore longtems vous servir de votre argent.„ Je n’ignore pas, leur dit Scipion, la dilpoíìtion des loix :on en peut„ suivre la rigueur avec des étrangers,mais avec des proches & des a-„ mis on doit en user avec plus de simplicité & de noblesse. Agréez que„ la somme entière vous soit paiée". ils s’en retournèrent pleins d’ad-miration pour la générosité de leur parent, & se reprochant k eux-mê-mcs la bassesse de leurs sentimens par rapport k Tintérêt, quoiqifils fus-sent les premiers de la ville & les plus estimés.

Deux ans après il fit un autre acte de générosité , qui est bien digned’être rapporté. Paul Emile mort, toute sa succession passa k Fabius&k Publius fort frère. Car quoique cet illustre Romain eût eu plu-sieurs autres enfans, les uns avoient été adoptés dans d’autres mai-sons, & la mort avoit emporté les autres. Comme Fabius n’étoitpas fi riche que Scipion, celui-ci lui laissa toute la part qui lui étoitéchue des biens de leur père, laquelle montoit k plus de soixantetalens, asm de corriger ainsi Tinégalité de biens qui se trouvoit entreles deux frères.

A cette libéralité, qui fit k Rome un très-grand éclat, il en joi-gnit une autre encore plus éclatante. Fabius aiant dessein de don-ner un spectacle de gladiateurs après la mort de son père, pourhonorer sa mémoire, & ne pouvant pas soutenir cette dépense, quiva jusqu 1 ;! trente talens pour le moins, quand on veut que ce spec-tacle soit magnifique, Scipion en donna quinze pour porter du moinsla moitié de cette dépense.

Le bruit de cette action se répandoit dans Rome, lorsque Papiriamourut. II étoit alors libre k Scipion de reprendre tout ce qu’il luiavoit donné de la succession d’Emilie. Mais loin d’en user ainsi,non seulement il fit présent k ses sœurs de tout ce que fa mère a-voit reçu de lui, il leur abandonna encore tout le bien qu’clle avoit