DE CONSTANCE. Liv. VII. z P i
Décréts, parce que ce scroit conférer au Pape l’autorité & le ca-ractère de l’Eglise Universelle, qui, selon Gerson, ne sauroit luiappartenir. II fait voir que c’est de cette liberté qu’on a donnée,ou qu’on a laissé prendre au Pape, ou par ignorance, ou par foi-blesse, ou par intérêt, que sont venus tous les désordres de l’Eglise.Comme il s’exprime là-dessus avec beaucoup de force il faut l’en-tendre. La Cour de Rome a inventé mille Offices pour avoir de l'ar-gent ,(st à peine y en trouve-t-on un seul pour cultiver la Vertu. Là, onne parle depuis le matin jusqu'au soir, que d'armées , que de diverses for-tes d''armes , que de terres , que de Villes , que d'argent, mais rarement ,■ou plutôt jamais , on n'y parle de chasteté , d'aumône, de justice ,de fidé-lité , (st de bonnes mœurs . Desorte que cette Cour, qui êtoit autrefois spi-rituelle, est devenue mondaine, diabolique , tyrannique, (st pire qu'aucuneCour Seculiere. Examinant fur quel fondement le Pape s’est rendu l'ar-bitre absolu de tous les Bénéfices & de tous les biens de l’Eglife danstout le Monde Chrétien, il soutient que ce fondement est nul, &qu’il n’y a ni temps ni Loi, ni Coutume qui puisse autoriser une pa-reille usurpation. (2) Jesus-Christ, dit-il, n'a donné à St. Pierre queVautorité qu'il a donné au moindre Evêque,savoir de lier (st de delier, (stil ne lui a point conféré le pouvoir de dispenser ni biens , ni Bénéfices, (stSt. Pierre ne V a point fait. II est bien vrai, continuë-t-il, quel'Eglises'étant accrue, (st répandue en divers endroits du monde par la pieté desRois (st des Empereurs, il a fallu un diffèrent gouvernement. C'est ce quiobligea VEglise Universelle à donner au Pape , en divers Conciles Oecumé-niques qui la représentoient, le pouvoir de dispenser certains Bénéfices , maistous les autres étoìent laifiez à la dispofitìon des Ordinaires. Aìnfi les Pa-triarches (st les Cardinaux étoient établis par les Papes, les Primats parles Patriarches , les Archevêques , par les Primats, les Evêques par lesArchevêques, les Abbez (st les autres Dignitez par les Ordinaires. IIprétend que cet ordre a duré douze-cens ans, & qu’il n’a été changéque parl’avarice & l’ambition insatiable des Papes qui ont réservé àleur disposition des biens qui ne leur appartenoient pas, mais à l’E-glise Universelle qui ne les avoit reçus de la libéralité des Empereurs,des Rois, & des Princes, que pour l’entretien des pauvres, & duMinistère Ecclésiastique. II conclut de là que l'Empereur, les RoisSc toutes les Puissances font obligées en conscience de s’opposer vi-goureusement à une tyrannie si manifeste, (st qu'ils ne doivent point souf-frir que l'Epouse de Jésus - Christ soit prostituée, comme une paillarde àdes homicides, à des adultérés, (st à des raviffeurs. C’est à Benoit XIII.à Grégoire XII. à Alexandre V. Sc k Jean XXIII. qu’il donne nom-mément
(l) Non legimus Chridum illi contulìjfe potestatcni bénéficia, Vignitates, F.pifcopatus,villas, terras dtspenfiandi aut diftribuendi, fed nec ttncjuam legimus Vetrum bstc fecifie.Sed selìtm banc potestatem ei tribuit sfecialem scriptam Matth. XVI. quam tiiem minimemunit Episcopo concejfit.
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