DE D E S C A R T E S. 6$
Voilà donc la révolution faite dans1 ame de Descartes ; voilà ses idées
une solitude profonde , il employa trois ou quatremois de suite à penser. Le premier pas qu’il fit, futd observer que tous les ouvrages composes par plu**sieurs mains j sont beaucoup moins parfaits que ceuxqui ont été conçus, entrepris & achevés par un seulhomme : c’est ce qu’il est aisé de voir dans les ou-vrages d’Architecture, dans les Statues, dans les Ta-bleaux, & même dans les plans de Législation & degouvernement. Son second pas, fut d’appliquer cetteidée aux Sciences. 11 les vit comme formées d'uneinfinité de pieces de rapport, grossies des opinionsde chaque Philosophe, tous d’un esprit & d'un carac-tere différent. Cet assemblage , cette combinaisond’idées souvent mal liées & mal assorties » peut-elleautant approcher de la vérité , que le feroient le»raisonnements justes & simples d’un seul homme ?Son troisième pas, fut d’appliquer cette même idéeà la raison humaine. Comme nous sommes enfantsavant que d’être hommes, notre raison n’est que lecomposé d’une foule de jugements souvent contrai-res, qui nous ont été dictés par nos sens, par notrenourrice &. par nos Maîtres. Ces jugements n’au-roient-ils pas plus de vérité & plus d’ur.ité » sil’homme » sans passer par la foiblesse de l’enfance,pouvoit juger en naissant > composer lui seul toutesses idées ? Parvenu jusques-là » Descartes résolutd’ôter de son esprit toutes les opinions qui y étoient,pour y en substituer de nouvelles , cu y remettreles mêmes, après qu’il les auroit vérifiées ; 6c ce fi.it