EN ABYSSINIE.
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passa le seuil les gémissements redoublèrent : tous lesparents s’étaient déchiré les tempes, et témoignaientla plus vive affliction. Cependant le convoi s’ache-mina lentement vers le cimetière, qui, en Abyssinie,est toujours placé autour de l’église. De temps à autre,les jeunes improvisatrices qui avaient fait l’oraison fu-nèbre, interrompirent la marche du convoi et le chantdu De profundis , pour se livrer à la danse des morts ;elles se formaient en cercle, et l’une d’elles, s’avançantau milieu, exprimait, par une mimique expressive,toutes les douleurs du désespoir; après quoi elle im-provisait un hymne auquel ses compagnes répondaienten dansant comme elle, et en sanglotant de la façonla plus touchante.
On arriva enfin à l’église : là, les cérémonies sontà peu près les mêmes qu’en Europe ; lorsqu’elles fu-rent terminées, on apporta le cercueil sur le bord dela tombe ; le père, aidé du fossoyeur, l’y plaça, etprononça un dernier adieu aux restes de son enfant;puis, chaque parent, chaque ami vint jeter une poi-gnée de terre dans la fosse. J’ai remarqué que ce der-nier cérémonial, qu’on pratique aussi en Europe , estle plus pénible de tous, peut-être parce qu’il tranchedéfinitivement tout rapport entre le mort et les vi-vants. A ce moment du moins, je vis à la contrac-tion douloureuse qui assombrit chaque visage, quec’était une véritable impression ressentie et renduesans aucune simagrée.
On avait déjà reçu depuis plusieurs jours la nouvellede l’arrivée à Messoah de MM. de Jacobis, de Montuori et