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VOYAGE
en attendant que l’on pourvût à notre dîner. A ceteffet notre guide prit les devants pour requérir desvivres au nom d’Oubié, et nous ne tardâmes pas à levoir revenir avec une chèvre, du pain et du lait.Nous récompensâmes la bonne volonté des habitantspar un léger cadeau, bien qu’ils eussent certaine-ment plutôt obéi à la volonté expresse d’Oubié, dontnotre guide avait reçu les instructions formelles, qu’àleur instinct hospitalier. Le soir venu, nous allumâmesnos feux, et, sauf les cris de quelques hyènes, rienne vint troubler notre sommeil.
Le lendemain, nous prîmes la direction du nord-est, laissant à notre gauche le bassin de Yeha, et nousvînmes faire notre deuxième station au district deOuahabit, pays musulman dont les habitants nous re-fusèrent net l’hospitalité. Nos ambassadeurs en furentindignés et dépêchèrent aussitôt cet Àdgo, dont j’aidéjà parlé, et qui nous avait suivis, pour s’en plaindreà leur maître; ce que voyant, les habitants chantèrentune tout autre gamme, et vinrent, dès le lendemainmatin, se prosterner à nos pieds avec une pierre surle cou, signe profond d’humilité et de repentir. Ilsnous promirent des festins de Gamache, si nous vou-lions seulement envoyer après notre messager pour lefaire rétrograder; mais il était trop tard : celui-ci re-vint le jour suivant, porteur d’un ordre d’Oubié en-joignant aux habitants de Ouahabit de nous fournir,outre les provisions strictement exigibles, une vacheet du miel. L’avarice des paysans abyssins prit alorsle dessus et nous suscita des difficultés qui ne furent