EN ABYSSINIE.
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teurs, malgré la fatigue, se précipitèrent dans toutesles directions, les larmes aux yeux. Rien qu’un silenceprofond répondit à leurs appels. 11 faisait nuit close!une seule espérance nous restait, c’était que notredrogman eût été fait prisonnier par les Cholios, queson fusil pouvait avoir tentés. Je dépêchai l’un desguides avec un de mes domestiques, avec ordre deparcourir les villages environnants, et de promettre ennotre nom de beaux présents à quiconque me ramè-nerait mon interprète mort ou vif.
Je fis déposer les bagages sur le revers de la mon-tagne et allumer des feux tout autour. Une pluie abon-dante venait de commencer ; mais nous étions troptristement préoccupés pour nous en apercevoir ; cha-cun se demandait : Où peut-il être? n’osant pas en-core s’avouer, chose affreuse ! que notre compagnoneût servi de pâture au lion. Peu à peu, cependant,nos propres pensées nous ramenèrent à l’horreur decette nuit, dont l’obscurité lugubre convenait bien à undeuil. Le tonnerre grondait au loin d’une manière fu-nèbre; tout à coup il fut couvert par la voix grave dulion qui vint retentir à quelques pas de nous. Pour-cette fois le bavardage des Abyssins fit place au si-lence, le chagrin à la peur. Je m’emparai d’une lanceet me plaçai en avant avec ceux de mes gens qui,comme moi, étaient armés; d’autres jetaient des ti-sons enflammés au lion qui s’était avancé à moins dedix pas de nos feux, pour se désaltérer à la source.Un instant nous vîmes ses yeux luire dans l’ombrecomme deux torches; puis il se retourna, et descen-