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VOYAGE
Nous nous établîmes sur le bord, dans la partie sep-tentrionale, paur prendre une vue du pays d’Angote etde la vallée Raya. Un de nos domestiques demanda del’eau à plusieurs habitants, qui étaient venus nous re-garder, et ils se hâtèrent de nous apporter de la bière,du pain et du lait; en retour de quoi nous fûmes for-cés d’insister pour leur faire accepter un léger pré-sent ; puis ils se retirèrent respectueusement à unedistance qui leur permettait de satisfaire leur curiosité,sans cependant nous gêner.
Après avoir dessiné les pays situés au nord et à l’est,relevé la ville de Oualdia, les pitons de Tsera Guedel,et la pointe de la chaîne qui limite à l’est la valléeRaya, nous vînmes nous placer sur le bord opposé,au sud, d’où nous voyions se développer à perte devue la vallée Yedjou, la grande chaîne de Ouadela, etles arêtes perpendiculaires qui s’en détachent. 11 se-rait difficile de trouver un aspect plus grandiose. Nousen demeurâmes émerveillés, et cependant quatre ansde séjour en Abyssinie commençaient à nous blasersur les spectacles de ce genre.
La fin du jour vint nous surprendre dans nos occu-pations. Le soleil, en s’abaissant derrière les grandesmontagnes du Ouadela, commença à modifier cetteétonnante perspective : pendant que les plus hautescrêtes s’allumaient à ses derniers rayons, les rameauxdu côté opposé s’assombrissaient et dessinaient en noirleurs arêtes dans le vague du crépuscule ; on eût ditla carcasse d’un immense cétacé échouée dans unemer d’or en fusion. A pareille heure, ce n’est plus la