EN ABYSSINIE.
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fonctions de cuisinière, elle mettait à part les meil-leurs morceaux pour les lui apporter en cachette : cheznos cuisinières d’Europe , l’amour ne se manifeste pasd’une autre manière. Cependant Ouorké étouffait decolère et de jalousie, et ce fut bien pis encore lorsqueTrongo lui déclara qu’elle ne voulait plus vivre aveclui. 11 eut recours à la justice seigneuriale de M. Petit,et la décision de celui-ci fut qu’il voulait que la cuisi-nière fît bien son dîner, que Ouorké soignât bien samule; que, si on l’ennuyait davantage de ces sornettes,il ferait fustiger l’une et l’autre. Quelque nette et judi-cieuse que fût cette sentence, Ouorké ne dut pas enêtre satisfait, quoiqu’il fût obligé de le paraître. De-puis que sa femme avait déserté la couche conjugale,le pauvre diable ne dormait plus ; une nuit, dansune de ses insomnies, il sortit pour rafraîchir l’ardeurde ses idées. Tout à coup, dans un coin reculé de lacour, il aperçoit deux dormeurs côte à côte, envelop-pés dans leur taube; il s’approche doucement, curieuxde savoir qui peut ainsi, par un froid assez vif,coucher à la belle étoile : mais la figure des dormeursest cachée, suivant l’usage. N’osant les découvrir,il rentre dans la maison, où tout est plongé dans lesommeil, allume un tison, et passe l’inspection dupersonnel. Sa femme n’est certainement pas là; maisquel est l’autre absent? car il n’a pu reconnaî-tre les hommes, puisque la plupart ont aussi le vi-sage couvert. Au comble de ses inquiétudes et de sessuggestions jalouses, il retourne dans la cour et revientencore contempler ces deux dormeurs dont le sommeil