Band 
Tome premier.
Seite
118
JPEG-Download
 

DE L’ ESPRIT DES LOIS,

11S

exorbitant , l’abus de ce pouvoir est plus grand,parce que les lois , qui ne l’ont point prévu,n’ont rien fait pour l’arrêter.

L’exception à cette règle est, lorsque la constitu-tion de l’état est telle qu'il a besoin d’une magis-trature qui ait un pouvoir exorbitant. Telle étoitRome avec ses dictateurs ; telle est Venise avecses inquisiteurs d’état : ce sont des magistraturesterribles , qui ramènent violemment l’état à laliberté. Mais d’où vient que ces magistratures setrouvent si différentes dans ces deux républiques?C’est cpie Rome defendoit les restes de son aris-tocratie contre le peuple , au lieu que Venise sesert de ses inquisiteurs d’état pour maintenir sonaristocratie contre les nobles. De là il suivoit qu’àRome la dictature ne devoit durer que peu detemps, parce que le peuple agit par sa fougue , etnon pas par ses desseins. Il falloit que cette ma-gistrature s'exerçât avec éclat, parce qu’il s’agis-soit d’intimider le peuple , et non pas de le pu-nir ; que le dictateur ne fut créé que pour uneseule affaire, et n’eut une autorité sans bornesqu’à raison de cette affaire , parce qu’il étoit tou-jours créé pour Tin cas imprévu. A Venise, aucontraire, il faut une magistrature permanente 9 :c’est là que les desseins peuvent être commencés,suivis, suspendus, repris -, que l’ambition d’unseul devient celle d’une famille , et l’ambitiond’une famille celle de plusieurs. On a besoind’une magistrature cachée, parce que les crimesqu’elle punit , toujours profonds, se forment dans