LIVRE V, C H A P. II.
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CHAPITRE ILCe que c’est que la vertu dans l'état politique.
La vertu , dans une république , est une chosetrès-simple; c’est l’amour de la république 1 : c’estun sentiment, et non une suite de connoissances;le dernier homme de l’état peut avoir ce sentimentcomme le premier. Quand le peuple a une foisde bonnes maximes, il s’y tient plus long-tempsque ce qu’on appelle les honnêtes gens. Il estrare que la corruption commence par lui 1 ; sou-vent il a tiré de la médiocrité de ses lumières unattachement plus fort pour ce qui est établi.
L’amour de la patrie conduit à la bonté desmoeurs 3 , et la bonté des moeurs mène à l’amourde la patrie. Moins nous pouvons satisfaire nospassions particulières, plus nous nous livrons auxgénérales. Pourquoi les moines aiment-ils tantleur ordre ? c’est justement par l'endroit qui faitqu’il leur est insupportable. Leur règle les privede toutes les choses sur lesquelles les passions or-dinaires s’appuient : reste donc cette passion pourla règle même qui les afflige. Plus elle est aus-tère, c’est-à-dire, plus elle retranche de leurs pen-chants, plus elle donne de force à ceux qu’elleleur laisse.