LIVRE V , C H A I>. XIV. Xg5
Dans ces états la religion a pins d’influence quedans aucun autre 63 ; elle est une crainte ajoutéeà la crainte. Dans les empires mahpmétans c’estde la religion que les peuples tirent en partie lerespect étonnant qu’ils ont pour leur prince.
C’est la religion qui corrige un peu la consti-tution turque. Les sujets, qui ne sont pas at-tachés à la gloire et à la grandeur de l’état parhonneur, le sont par la force et par le principede la religion.
De tous les gouvernements despotiques, il n’yen a point qui s’accable plus lui-même que celuioù le prince se déclare propriétaire de tous lesfonds de terre et l’héritier de tous ses sujets ; ilen résulte toujours l’abandon de la culture desterres ; et, si d’ailleurs le prince est marchand ,toute espèce d’industrie est ruinée.
Dans ces états on ne répare, on n’améliorerien a ; on ne bâtit de maisons que pour la vie ; onne fait point de fossés, on ne plante point d’ar-bres ; on tire tout de la terre , on ne lui rend rien;tout est en friche , tout est désert.
Pensez-vous que des lois qui ôtent la propriétédes fonds de terre et la succession des biens, dimi-nueront l’avarice et la cupidité des grands? Non;elles irriteront cette cupidité et cette avarice 64 ,On sera porté à faire mille vexations, parce qu’onne croira avoir en propre que l’or ou l’argent qu'onpourra voler ou cacher.
Voyez Ricaut, État de l’empire ottoman, p. 196.