LIVRE V , C H A P. X V.
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avoient établi la cession de biens 3 , on ne seroitpas tombé dans tant de séditions et de discordesciviles, et l’on n'auroit point essuyé les dangersdes maux, ni les périls des remèdes.
La pauvreté et l'incertitude des fortunes dansles états despotiques y naturalisent l’usure, chacunaugmentant le prix de son argent à proportiondu péril qu’il y a à le prêter. La misère vient doncde toutes parts dans ces pays malheureux ; tout yest ôté, jusqu'à la ressource des emprunts.
Il arrive de là qu’un marchand n’y sauroitfaire un grand commerce; il vit au jour la journée:s’il se chargeoit de beaucoup de marchandises,il perdrait plus par les intérêts qu'il donneraitpour les payer, qu’il ne gagnerait sur les mar-chandises. Aussi les lois sur le commerce n’y ont-elles guère de lieu ; elles se réduisent à la simplepolice.
Le gouvernement ne sauroit être injuste sansavoir des mains qui exercent ses injustices : or ilest impossible que ces mains ne s’emploient pourelles-mêmes. Le péculat est donc naturel dansles états despotiques.
Ce crime y T étant le crime ordinaire , lesconfiscations y sont utiles. Par-là on consolele peuple ; l’argent qu’on en tire est un tributconsidérable que le prince lèverait difficile-ment sur des sujets abymés : il n’y a même,
a Elle ne fut établie que par la loi Julia, de cessions hono-rwn. On évitolt la prison, et la cession de biens n’étoit pasignominieuse. Cod. liv. II, tit. XII.