DE LESl’lUT DES LOIS,
c3o
CHAPITRE VIII.
Des accusations dans les divers gouvernements.
./V Rome a , il étoit permis à un citoyen d’en ac-cuser un autre : cela étoit établi selon l’esprit de larépublique, où chaque citoyen doit avoir pour lebien public un zèle sans bornes, où chaque ci-toyen est censé tenir tous les droits de la patriedans ses mains. On suivit sous les empereurs lesmaximes de la république 16 ; et d’abord on vitparoître un genre d’hommes funestes, une troupede délateurs. Quiconque avait bien des vices etbien des talents , une ame bien basse, et un es-prit ambitieux , cherchoit un criminel dont lacondamnation pùt plaire au prince ; c’étoit la voiepour aller aux honneurs et à la fortune b , chosecjue nous ne voyons pas parmi nous.
Nous avons aujourd'hui une loi admirable;c’est celle qui veut que le prince, établi pour faireexécuter les lois, prépose un officier dans chaquetribunal pour poursuivre en son nom tous lescrimes : de sorte que la fonction des délateurs estinconnue parmi nous; et, si ce vengeur public
a Et dans bien d’autres cités.
b Voyez dans Tacite les récompenses accordées à ces dé-lateurs.