LIVRE VIII, C H A P. II.
2S3
pouvant souffrir le pouvoir même qu’il confie,veut tout faire par lui-même , délibérer pour lesénat, exécuter pour les magistrats, et dépouillertous les juges.
Il ne peut plus y avoir de vertu dans la répu-blique. Le peuple veut faire les fonctions desmagistrats ; on ne les respecte donc plus. Les dé-libérations du sénat n’ont plus de poids ; on n’adonc plus d’égard pour les sénateurs, et par con-séquent pour les vieillards. Que si l’on n’a pas durespect pour les vieillards, on n’en aura pas nonplus pour les pères : les maris ne méritent pasplus de déférence , ni les maîtres plus de sou-mission. Tout le monde parviendra à aimer celibertinage ; la gène du commandement fatigueracomme celle de l’obéissance. Les femmes, les en-fants , les esclaves, n’auront de soumission pourpersonne. Il n’y aura plus de moeurs, plus d’amourde l’ordre , enfin plus de vertu.
On voit , dans le Banquet de Xénophon , unepeinture bien naïve d’une république où le peuplea abusé de l’égalité. Chaque convive donne à sontour la raison pourquoi il est content de lui. „ Je„ suis content de moi, dit Chamidès, à cause de„ ma pauvreté. Quand j’étois riche , j’étois obligé„ de faire ma cour aux calomniateurs , sachant„ bien que j’étois plus en état de recevoir du mal„ d’eux que de leur en faire : la république me de-„ mandoit toujours quelque nouvelle somme : je,, ne pouvois m’absenter. Depuis que je suis pau-„ vre , j’ai acquis de l’autorité ; personne ne me