584 I) e l’isprit des lois,
menace, je menace les autres; je puis m’en„ aller ou rester; déjà les riches se lèvent de leurs,, places et me cèdent le pas. Je suis un roi,
„ j’étois esclave ; je payois un tribut à la républi-,, que , aujourd’hui elle me nourrit; je ne crains,, plus de perdre, j’espère d’acquérir.”
Le peuple tombe dans ce malheur, lorsqueceux à qui il se confie , voulant cacher leur pro-pre corruption, cherchent à le corrompre. Pourqu’il ne voie pas leur ambition , ils ne lui parlentque de sa grandeur; pour qu’il n’apperçoive pasleur avarice , ils flattent sans cesse la sienne.
La corruption augmentera parmi les corrup-teurs , et elle augmentera parmi ceux qui sontdéjà corrompus. Le peuple se distribuera tous lesdeniers publics ; et comme il aura joint à sa pa-resse la gestion des affaires, il voudra joindre àsa pauvreté les amusements du luxe. Mais avecsa paresse et son luxe il n’y aura que le trésorpublic qui puisse être un objet pour lui.
Il ne faudra pas s’étonner si l’on voit lessuffrages se donner pour de l’argent. On ne peutdonner beaucoup au peuple sans retirer encoreplus de lui : mais pour retirer de lui il faut ren-verser l’état. Plus il paroîtra tirer d’avantage desa liberté, plus il s’approchera du moment où ildoit la perdre. Il se forme de petits tyrans quiont tous les vices d’un seul. Bientôt ce qui restede liberté devient insupportable ; un seul tyrans’élève, et le peuple perd tout, jusqu’aux avan-tages de sa corruption.
La