î8(3 1)E l’esprit des lois,
malgré sa puissance au dehors, toujours déter-minée à une révolution par la plus petite forceétrangère, avoit dans son sein un peuple immense,qui n’eut jamais que cette cruelle alternative dese donner un tyran ou de l’être lui-même.
CHAPITRE III.
De l'esprit d’égalité extrême.
Joutant que le ciel est éloigné de la terre,autant le véritable esprit d’égalité l’est-il de l'es-prit d’égalité extrême. Le premier ne consistepoint à faire en sorte que tout le monde com-mande ou que personne ne soit commandé , maisà obéir et à commander à ses égaux. Il ne cherchepas à n’avoir point de maître , mais à n’avoir queses égaux pour maîtres.
Dans l’état de nature les hommes naissent biendans l’égalité ; mais ils n’y sauraient rester. Lasociété la leur fait perdre, et ils ne redeviennentégaux que par les lois.
Telle est la différence entre la démocratie régléeet celle qui ne l’est pas, que, dans la première,on n’est égal que comme citoyen, et que, dansl'autre , on est encore égal comme magistrat,comme sénateur , comme juge , comme père,comme mari, comme maître.