336 del’esprit des lois,
certain poids et un certain titre de quelque métal ;mais bientôt la mauvaise foi ou le besoin font qu’onretranche une partie du métal de chaque piècede monnoie à laquelle on laisse le meme nom :par exemple, d’une pièce du poids d’une livred’argent, on retranche la moitié de l’argent, eton continue de l’appeler livre : la pièce qui étoitune vingtième partie de la livre d’argent, on con-tinue de l’appeler sou, quoiqu’elle ne soit plus lavingtième partie de cette livre. Pour lors, la li-vre est une livre idéale, et le sou un sou idéal ;ainsi des autres subdivisions : et cela peut aller aupoint que ce qu’on appellera livre ne sera plusqu’une très-petite portion de la livre, ce qui larendra encore plus idéale. Il peut même arriverque l’on ne fera plus de pièce de monnoie quivaille précisément une livre, et qu’on ne fera pasnon plus de pièce qui vaille un sou : pour lors lalivre et le sou seront des monnoies purementidéales. On donnera à chaque pièce de monnoiela dénomination d’autant de livres et d’autantde sous que l’on voudra : la variation pourra êtrecontinuelle, parce qu’il est aussi aisé de donnerun autre nom à une chose, qu’il est difficile dechanger la chose même.
Pour ôter la source des abus, ce sera une très-bonne loi dans tous les pays où l’on voudra fairefleurir le commerce, que celle qui ordonnera qu’onemploiera des monnoies réelles, et que l’on nefera point d’opération qui puisse les rendreidéales.
JV'
Rien