LIVRE XXVI, CHAT. III.
61
CHAPITRE III.
Des lois civiles qui sont contraires à la loinaturelle.
Si un esclave, dit Platon», se défend et tueun homme libre, il doit être traité comme unparricide. Voilà une loi civile qui punit la dé-fense naturelle.
La loi qui, sous Henri VIII, condamnoit unhomme sans que les témoins lui eussent été con-frontés, étoit contraire à la défense naturelle. Eneffet, pour qu’on puisse condamner , il fautbien que les témoins sachent que l’homme con-tre qui ils déposent est celui que l’on accuse, etque celui-ci puisse dire : Ce n’est pas moi dontvous parlez.
La loi passée sous le même règne, qui con-damnoit toute fille qui, ayant eu un mauvais com-merce avec quelqu’un , ne le déclaroit point auroi avant de l’épouser, violoit la défense de lapudeur naturelle. Il est aussi déraisonnable d’exi-ger d’une fille qu’elle fasse cette déclaration, quede demander d’un homme qu’il ne cherche pasà défendre sa vie.
La loi de Henri II, qui condamne à mortune fille dont l’enfant a péri, en cas quelle n’aitpoint déclaré au magistrat sa grossesse, n’est pas
a Liv- IX, des Lois.