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LETTRES
àErzeron, où nous'séjournerons trois ou quatremois.
Il faut que je te l’avoue , Nessir ; j’ai sentiune douleur secrète quand j’ai perdu la Perse devue, et que je nie suis trouvé au milieu des per-fides Osmanlins. A mesure que j’entrois dansles pays de ces profanes, il me sembloit que jedevenois profane moi-même.
Ma patrie, ma famille, mes amis, se sontprésentés à mon esprit; ma tendresse s’est réveil-lée ; une certaine inquiétude a achevé de metroubler, et m’a fait connoître que, pour monrepos, j’avois trop entrepris.
Mais ce qui afflige le plus mon coeur, ce sontmes femmes. Je ne puis penser à elles que jene sois dévoré de chagrins.
Ce n’est pas, iVessir, que je les aime; je metrouve a cet égard dans une insensibilité qui ne melaisse point de désirs. Dans le nombreux serrai!où j’ai vécu, j’ai prévenu l’amour et l’ai détruitpar lui-même ; mais de la froideur même il sortune jalousie secrète qui me dévore. Je vois unetroupe de femmes laissées presque à elles-mêmes;je n’ai que des âmes lâches qui m’en répondent.J’aurois peine à être en sûreté si mes esclavesétoient fidèles: que sera-ce s’ils ne le sont pas!Quelles tristes nouvelles peuvent m’en venir dansles pays éloignés que je vais parcourir! C’est unmal où mes"amis ne peuvent porter de remède ;c’est un lieu dont ils doivent ignorer les tristessecrets: et qu’y pourroient-ils faire? N’aimerois-je