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LETTRES
point hommes. Quand je compare la beauté deton visage avec la difformité du leur, je ne puism’empêcher de m’estimer heureuse. IVion imagi-nation ne me fournit point d’idée plus ravissanteque les charmes enchanteurs de ta personne. Jete le jure, Usbek, quand il me seroit permis desortir de ce lieu où je suis enfermée par la né-cessité de ma condition ; quand je pourrois medérober à la garde qui m’environne; quand ilrue seroit permis de choisir parmi tous les hom-mes qui vivent dans cette capitale des nations,Usbek, je te le jure, je ne choisirais que toi. Ilne peut y avoir que toi dans le monde quimérites d’être aimé.
Ne pense pas que ton absence m’ait fait né-gliger une beauté qui t’est chère. Quoique je nedoive être vue de personne, et que les orne-ments dont je me pare soient inutiles à ton bon-heur, je cherche cependant à m’entretenir dansl'habitude de plaire: je ne me couche point queje ne me sois parfumée des essences les plus déli-cieuses. Je me rappelle ce temps heureux où tuvenois dans mes bras ; un songe flatteur qui meséduit me montre ce cher objet de mon amour;mon imagination se perd dans ses désirs commeelle se flatte dans ses espérances. Je pense quel-quefois que, dégoûté d’un pénible voyage, tuvas revenir à nous : la nuit se passe dans des songesqui n’appartiennent ni à la veille ni au sommeil :je te cherche à mes côtés, et il me semble quetu me fuis ; enfin le feu qui me dévore dissipe