Band 
Tome cinquième.
Seite
15
JPEG-Download
 

PERSANES.

IJ

trouvai environné d’objets qui les irritoient sanscesse, .l’entrai dans le serrail, où tout m’irispiroitle regret de ce que j’avois perdu; je me sentoisanimé à chaque instant ; mille grâces naturelles sem-bloient ne se découvrir à ma vue que pour me dé-soler: pour comble de malheur, j’avois toujoursdevant les yeux un homme heureux. Dans ce tempsde trouble , je n’ai jamais conduit une femme dansle lit de mon maître , je ne l’ai jamais déshabillée,que je ne sois rentré chez moi la rage dans le coeuret un affreux désespoir dans l’ame.

Voilà comme j’ai passé ma misérable jeunesse.Je n’avois de confident que moi-même : chargé d’en-nuis et de chagrins, il me les falloir dévorer. Et cesmemes femmes, que j’étois tenté de regarder avecdes yeux si tendres, je ne les envisageois qu’avecdes regards sévères : j’étois perdu si elles m’avoientpénétré : quel avantage n’en auroient-elles pas pris !

Je me souviens qu’un jour que je mettois unefemme dans le bain, je me sentis si transporté, quej e perdis entièrement la raison , et que j'osai porterma main dans un lieu redoutable. Je crus, à la pre-mière réflexion , que ce jour étoit le dernier de mesjours ; je fus pourtant assez heureux pour échapperà mille morts : mais la beauté que j’avois faite confi-dente de ma foiblesse, me vendit bien cher sonsilence, je perdis entièrement mon autorité sur elle ;et elle m’a oblige depuis à des condescendances quim'ont exposé mille fois à perdre la vie.

Enfin les feux de la jeunesse ont passé; je suisvieux, et je me trouve à cet égard dans un état