LETTRES
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et que je ne puisse m’en dispenser. Hier j'avoisespéré de briller avec trois ou quatre vieilles fem-mes, qui certainement ne m’en imposent point, etje devois dire les plus jolies choses du monde: jefus plus d’un quart-d’heure à diriger ma conversa-tion; mais elles ne tinrent jamais un propos suivi,et elles coupèrent, comme des parques fatales, lefil de tous mes discours. Veux-tu que je te dise Pla réputation de bel esprit coûte bien à soutenir.Je ne sais comment tu as fait pour y parvenir. Ilme vient une pensée, reprit l’autre: travaillons deconcert à nous donner de l’esprit ; associons-nouspour cela. Chaque jour nous nous dirons de quoinous devons parler: etnous nous secourrons si bien,que, si quelqu’un vient nous interrompre au milieude nos idées, nous l’attirerons nous-mêmes; et s’ilne veut pas venir de bon gré, nous lui ferons vio-lence. Nous conviendrons des endroits où il fau-dra approuver, de ceux où il faudra sourire, desautres où il faudra rire tout-à-fait et à gorgedéployée. Tu verras que nous donnerons le tonà toutes les conversations , et qu’on admirerala vivacité de notre esprit et le bonheur de nosreparties. Nous nous protégerons par des signesde tête mutuels. Tu brilleras aujourd’hui, demaintu seras mon second. J’entrerai avec toi dans unemaison, et je m’écrierai en te montrant: Il fautque je vous dise une réponse bien plaisante quemonsieur vient de faire à un homme que noÛ3avons trouvé dans la rue. Et je me tournerai verstoi. Il ne s’y attendoit pas, il a été bien étonné.