LETTRES
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forte sympathie , auroit bien souhaité cîe nousmarier ensemble, selon l’ancien usage des guèbresintroduit par Cambyse; mais la crainte des maho-métans, sous le joug desquels nous vivons, em-pêche ceux de notre nation de penser à ces allian-ces saintes , que notre religion ordonne plutôtquelle nele permet, et qui sont des images si naïvesde runion déjà formée par la nature.
Mon père, voyant donc qu’il auroit été dan-gereux de suivre mon inclination et la sienne, résolutd’éteindre une flamme qu’il croyoit naissante, maisqui étoit déjà à son dernier période: il prétextaun voyage, et m’emmena avec lui, laissant masoeur entre les mains d’une de ses parentes; car mamère étoit morte depuis deux ans. Je ne vousdirai point quel fut le désespoir de cette séparation:j’embrassai ma soeur toute baignée de larmes; maisje n’en versai point, car la douleur m’avoit renducomme insensible. Nous arrivâmes à TelTlis; et monpère, ayant confié mon éducation à un de nosparents, m’y laissa, et s’en retourna chez lui.
Quelque temps après, j’appris que, par lecrédit d’un de ses amis, il avoit fait entrer masoeur dans le beiram du roi, où elle étoit au ser-vice d’une sultane. Si l’on m’avoit appris sa mort,je n’en aurois pas été plus frappé: car, outre queje n’espérois plus de la revoir, son entrée dans lebeiram l’avoit rendue mahométane; et elle ne pou-voit plus, suivant le préjugé de cette religion, meregarder qu’avec horreur. Cependant, ne pouvantplus vivre àTeftiis, las de moi-même et de la vie,'