P E a S A K £ S.
I49
je retournai à Ispahan. Mes premières parolesfurent amères à mon père; je lui reprochai d’avoirmis sa folle en un lieu où l’on ne^aeut entrer qu’enchangeant de religion. Vous avez attiré sur votrofamille, lui dis-je, la colère de Dieu et du soleilqui vous éclaire : vous avez plus fait que si vousaviez souillé les éléments, puisque vous avez souillél’aine de votre fille, qui n’est pas moins pure. J’enmourrai de douleur et damour: mais puisse mamort être la seule peine cpic Dieu vous fasse sentir!Aces mots, je sortis; et pendant deux ans je passaima vie à aller regarder les murailles du beiram, etconsidérer le lieu où ma soeur pouvoitêtre, m’ex-posant tons les jours mille fois d être égorgé parles eunuques qui font la ronde autour de ces re-doutables lieux.
Enfin mon père mourut; et la sultane que masoeur servoit, la voyant tous les jours croître enbeauté, en devint jalouse, et la maria avec uneunuque qui la souhaitoit avec passion. Par cemoyen ma soeur sortit du serrail, et prit avec soneunuque une maison à Ispahan.
Je fus plus de trois mois sans pouvoir lui parler,l’eunuque , le plus jaloux de tous les hommes,me remettant toujours sous divers prétextes. Enfinj’entrai dans son beiram ; et il me lui fit parler autravers d’une jalousie. Des yeux de lynx ne lau-roient pas pu découvrir, tant elle étoit enveloppéed'habits et dévoilés, et je ne la pus reconnoîtrequ'au son de sa voix. Quelle fut mon émotionquand je me vis si près et si éloigné d’elle! Je me