Band 
Tome cinquième.
Seite
154
JPEG-Download
 

LETTRES

15 *

combattu: mais, dieux! que l'amour lève de dif-ficultés! que je suis soulagée! Je ne crains plus devous trop aimer; je puis ne mettre point de bornesà mon amour: l’excès même en est légitime. Ah»que ceci convient bien à l’état démon coeur! Maisvous, qui avez su rompre les chaînes que mon esprits’étoit forgées, quand romprez-vous celles qui melient les mains? Dès ce moment je me donne àvous: faites voir, par la promptitude avec laquellevous m’accepterez, combien ce présent vous estcher. Mon frère, la première fois que je pourraivous embrasser, je crois que je mourrai dans vosbras. Je n’exprimerois jamais bien la joie que jesentis à ces paroles: je me crus et je me vis eneffet, en un instant, le plus heureux de tous leshommes: je vis presque accomplir tous les désirsque j’avois formés en vingt-cinq ans de vie, etévanouir tous les chagrins qui me l’avoient renduesi laborieuse. Mais quand je me fus un peu accou-tumé à ces douces idées, je trouvai que je n’étoispas si près de mon bonheur que je meletois figurétout-à-coup, quoique j’eusse surmonté le plusgrand de tous les obstacles. Il falloit surprendrela vigilance de ses gardiens ; je n’osois confier àpersonne le secret de ma vie : je n’avois que masoeur, elle n’avoit que moi: si je manquois moncoup, je courois risque d’être empalé; mais je nevoyois pas de peine plus cruelle que de le man-quer. Nous convînmes quelle m’enverroit de-mander une horloge que son père lui avoit laissée,et que j’y mettrois dedans une lime pour scier les