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LE TIRES
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Car il faut savoir que lorsqu’un homme a uncertain mérite en Espagne, comme, par exemple,quand il peut ajouter aux qualités dont je viensde parler celle d'être le propriétaire d’une grandeépée, ou d’avoir appris de son père l’art de fairejurer une discordante guitare, il ne travaille plus:son honneur s’intéresse au repos de ses membres.Celui qui reste assis dix heures par jour obtientprécisément la moitié plus de considération qu’unautre qui n’en reste que cinq , parce que c’estsur les chaises que la noblesse s’acquiert.
Mais , quoique ces invincibles ennemis du tra-vail fassent parade d’une tranquillité philosophi-que, ils ne l’ont pourtant pas dans le coeur; carils sont toujours amoureux. Ils sont les premiershommes du monde pour mourir de langueur sousla fenêtre de leurs maîtresses; et tout Espagnol quin’est pas enrhumé ne sauroit passer pour galant.
Ils sont premièrement dévots, et secondementjaloux. Ils se garderont bien d’exposer leurs fem-mes aux entreprises d’un soldat criblé de coups,ou d’un magistrat décrépit; mais ils les enferme-ront avec un novice fervent qui baisse les yeux,ou un robuste franciscain qui les élève.
Ils permettent à leurs femmes de paraître avecle sein découvert; mais ils ne veulent pas qu’onleur voie le talon, et qu’on les surprenne par lebout des pieds.
On dit par-tout qufe les rigueurs de l’amoursont cruelles; elles le sont encore plus pour lesEspagnols. Les femmes les guérissent de leurs