LETTRES
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fut pendant tout le jour que danses, que concerts,que festins, que jeux, que promenades; et l’onxemarquoit qu’Anaïs se déroboit de temps en temps,et voloit vers ses deux jeunes héros. Après quel-ques précieux instants d’entrevue, elie revenoitvers la troupe qu’elle avoit quittée, toujours avecun visage plus serein. Enfin sur le soir on la perdittout-à-fait: elle alla s’enfermer dans le serrail, oùelle vouloir, disoit-elle, faire connoissance avecces captifs immortels qui dévoient à jamais vivreavec elle. Elle visita donc les appartements deces lieux les plus reculés et les plus charmants,où elle compta cinquante esclaves d’une beautémiraculeuse: elle erra toute la nuit de chambreen chambre, recevant par-tout des hommagestoujours différents et toujours les mêmes.
Voilà comment l’immortelle Anaïs passoit savie , tantôt dans des plaisirs éclatants, tantôt dansdes plaisirs solitaires ; admirée d’une troupe bril-lante , aimée d’un amant éperdu : souvent ellequittoit un palais enchanté pour aller dans unegrotte champêtre: les fleurs sembloient naître sousses pas, et les jeux se présentoient en foule au de-vant d’elle.
Il y avoit plus de huit jours qu’elle étoit danscette demeure heureuse, que, toujours hors d’elle-même , elle n’avoit pas fait une seule réflexion :elle avoit joui de son bonheur sans le connoîcre,et sans avoir eu un seul de ces moments tranquillesoù lame se rend , pour ainsi dire, compte à elle-même , et s’écoute dans le silence des passions.