PENSEES
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Sophocle, Euripide, Eschyle, ont d’abordporté le genre d’invention au point que nous n’a-vons rien changé depuis aux règles qu’ils nous ontlaissées, ce qu'ils n’ont pu faire sans une connois-sance parfaite de la nature et des passions.
J’ai eu toute ma vie un goût décidé pour lesouvrages des anciens: j’ai admiré plusieurs critiquesfaites contre eux , mais j’ai toujours admiré lesanciens. J’ai étudié mon goût, et j’ai examiné sice n’étoit point un de ces goûts malades sur les-quels on ne doit faire aucun fond; mais plus j’aiexaminé, plus j’ai senti que j’avois raison d’avoirsenti comme j’ai senti.
Les livres anciens sont pour les auteurs , lesnouveaux pour les lecteurs.
Plutarque me charme toujours: il y a des cir-constances attachées aux personnes, qui font grandplaisir.
Qu’Aristote ait été précepteur d’Alexandre ,ou que Platon ait été à la cour de Syracuse, celan’est rien pour leur gloire ; la réputation de leurphilosophie a absorbé tout.
Cicéron , selon moi , est un des plus grandsesprits qui aient jamais été : l’ame toujours bellelorsqu’elle n’étoit pas foible.
Deux chefs d’oeuvres : la mort de César dansPlutarque, et celle de Néron dans Suétone. Dansl’une, on commence par avoir pitié des conjurésqu'on voit en péril, et ensuite de César qu’on voitassassiné. Dans celle de Néron, on est étonné dele voir obligé par degrés de se tuer, sans aucune