FAMILIERES.
5 i
LETTRE IX.
A M. L’ABBÉ DE GüASCO a .
T ,
JL/abbé Venuti m’a fait part, mon cher abbé,de l’affliction que vous a causée la mort de votreami le prince Cantemir , et du projet que vousavez formé de faire un voyage dans nos provincesméridionales pour rétablir votre santé. Vous trou-verez par-tout des amis pour remplacer celui quevous avez perdu ; mais la Russie ne remplacerapas si aisément un ambassadeur du mérite duprince Cantemir. Or je me joins à l’abbé Venutipour vous presser d’exécuter votre projet : l’air,les raisins, le vin des bords de la Garonne , etl’humeur des Gascons, sont d’excellens antidotescontre la mélancolie. Je me fais une fête de vousmener à ma campagne de la Brède, où vous trou-verez un château , gothique à la vérité, mais orné
a Après avoir passé un an à Turin, il étoit revenu à Paris,et s’étoit voué aux fonctions de son état; mais, voyant qu'ellesne feroient que l’exposer au fanatisme qui régnoit alors enFrance, à cause des disputes théologiques, il y renonça, selivrant uniquement à la culture des lettres et à la société dessavans, dans la vue d’obtenir une place à l’académie royale desinscriptions et belles-lettres , où il fut depuis reçu en qualitéd’un des quatre honoraires étrangers.
On peut voir ce qui en est dit dans sa vie, qui est à latête de la traduction en français de ses Satyres russes , par unanonyme que l’on croit être l’aiai à qui Montesquieu écrit cettelettre.