\
F A M I U ï 11 H. 4 7
LETTRE XXI.
A MONSEIGNEUR CeRATI.
J’ai reçu, monsieur mon illustre ami, étant àParis j la lettre que je dois à votre amitié. Vousne me parlez pas de votre santé, et je voudroisen avoir pour garant quelque chose de mieux quedes preuves négatives. Vous avez mis dans votrelettre un article que j’ai relu bien des fois, qui estque vous désireriez venir passer deux ans à Paris,et que vous pourriez de là aller jusqu’à Bordeaux;voilà des idées bien agréables : et moi je forme leprojet d’aller quelque jour à Pise pour corrigerchez vous mon ouvrage ; car qui pourroit le fairemieux que vous? et où pourrois-je trouver desjugemens plus sains? La guerre m’a tellement in-commodé , que j’ai été obligé de passer trois anset demi dans mes terres; de là je suis venu à Paris;et si la guerre continue, j’irai me remettre dansma coquille jusqu’à la paix. Il me semble quetous les princes de l’Europe demandent cette paix:ils sont donc pacifiques ? non , car il n’y a deprinces pacifiques que ceux qui font des sacrificespour avoir la paix , comme il n’y a d’hommegénéreux que celui qui cède de ses intérêts, nid’homme charitable que celui qui sait donner.Discuter ses intérêts avec une très-grande rigidité,est l’éponge de toutes les vertus. Vous ne meparlez pas de vos yeux; les miens sont précisément