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LETTRE XXVII.
A MONSEIGNEUR CERATI.
J[’ai reçu, monseigneur, non seulement avec duplaisir, mais avec de la joie, votre lettre par lavoie de M. le prince de Craon. Comme vous neme parlez point du tout de votre santé et que vousécrivez, cela me fait penser qu’elle est bonne; etc’est un grand bien pour moi. M. Gendron a n’estpas mort ; et je compte que vous le reverrez encoreà Paris, se promenant dans son jardin avec sa petitecanne, très-modeste admirateur des jésuites et desmédecins. Pour parler sérieusement, c’est un grandbonheur que cet excellent homme vive encore; etnous aurions perdu beaucoup, vous et moi. Il
a Ancien médecin du régent, et le meilleur oculiste qu’ily eût en France. Il s'étoit retiré à Autcuil dans la maison deDespréaux son ami, qu’il avoit achetée après sa mort. C’estpar allusion à ces deux hôtes que Montesquieu, se promenantun jour avec M. Gendron, fit ces deux vers , qu’il faudroitmettre, dit-il en badinant, sur la porte:
Apollon, dans ces lieux prêt à nous secourir,
Quitte l’art de rimer pour celui de guérir.
Voltaire avoit fait quatre vers sur le même sujet. Ce mé-decin n’exerçoit plus sa profession que pour quelques amis. Iln’aimoit pas de parler de médecine, et il avoit une très-médiocreidée des médecins en général. Il vivoit d’une honnête renteviagère qu’il s’étoit faite, faisant beaucoup d’aumônes aux pau-vres, aux malades indigens, qu’il voyoit tous les jours, et auxpersécutés pour cause de jansénisme.