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Tome huitième.
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F A M I L I Ê R E S.

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LETTRE XXXII.

AU MÊME.

N^î. d’Estouteville a , mon cher abbé , me per-sécute pour que je vous engage de lui accorderune heure fixe tous les soirs pour achever la lectureet la correction de sa traduction du Dante. Ilpromet s’en rapporter à vous pour tous les chan-gemens b que vous jugerez à propos qu’il fasse;et il ne vous demande grâce que pour sa préface c .

a Le comte Colbert d’Estouteville, petit-fils du grand Col-bert, homme d'esprit, mais tourné à la singularité, ' conçut leprojet de traduire le Dante en français. Il avoit depuis long-tempsexécuté ce projet par une traduction en prose, sur laquelle il seréservoit de consulter quelque Italien. Cette traduction n’a pasété imprimée.

(Elle a été imprimée en 1796. C’est la première traductioncomplète de ce poème du Dante : Moutonnet et Rivarol n’a-voient traduit que la première p-irtie. Note des éditeurs .)

b Ce traducteur avoit inséré beaucoup de pensées et de chosestirées des commentaires de ce poète dans le texte qu’il traduisit;et il n’étoit pas toujours docile dans les corrections à faire : cequi avoit fait abandonner cette lecture.

c Elle est fort singulière et fort courLe: il dit que, dans sonenfance, sa mie lui a souvent parlé de paradis, d'enfer et depurgatoire, sans lui en donner aucune idée; qu'avancé en âge,ses précepteurs lui ont souvent répété les mêmes choses , sansl’éclairer davantage; que, dans l’age mûr, il a consulté dift'érens"théologiens , et qu’ils l’ont laissé dans la même obscurité: maisqu’ayant fait un voyage en Italie, il a trouvé que le premierpoète de cette nation étoit le seul qui l’eût satisfait sur la naturede ces trois demeures dans l’autre monde; ce qui l'avoit déterminéde le traduire en français pour être utile a ses concitoyens.