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LETTRES
LETTRE XXXIX.
A M. L’ABBÉ V E N U T I.
IV^ON cher abbé , je ne vous ai point encoreremercié de la place distinguée que vous m'avezdonnée dans votre Triomphe a . Vous êtes Pétrar-que, et moi pas grand'chose. M. Tercier b m'aécrit pour me prier de vous remercier de sa part
a L’ouvrage de l'abbé Vcnuti dont parle Montesquieu, estintitulé, il Trionfo litlerario délia Francia (de Triomphe littérairede la France). Rappelé dans sa patrie, l'abbé Ventiti craignitqu’on ne l'accusât d’ingratitude, si en quittant la France il nelaissoit aucun monument de sa rcconnoissance pour tous lesagrémens qu'il y avoit trouvés , et de son admiration pour lesgrands génies qu’elle renferme dans son sein. C’est dans cettevue qu’il a composé son poème en plusieurs chants, où il donnedes éloges auxquels l’amitié a bien autant de part que le vraimérite. Ouoi qu’il en soit, on ne refuse pas de souscrire à cequ’il dit de Montesquieu: ,, Si une ame aussi grande, dit-il,,, se fût trouvée dans le sénat latin, la liberté romaine vivroit,, encore à la honte des tyrans. Son nom surpassera la durée„ du Roc Tarpéien ; et sa gloire ne périra point tant que Thé-,, mis dictera ses oracles sur les bancs français, et que les„ dieux conserveront à l'homme le don de la pensée”. Telest le sens du compliment que l’abbé Venuti a fait à Montes-quieu dans son poème italien , et dont Montesquieu le remerciedans cette lettre.
b L’un des premiers commis du bureau des affaires étran-gères , et fort savant académicien de Paris, le même qui essuyadepuis tant de mortifications pour avoir, en qualité de censeurroyal, donné son approbation pour l’impression du livre deV Esprit.