FAMILIERES.
§7
LETTRE X L I.
A M. L’ABBÉ VENUTI.
A Bordeaux.
Ïl ne faut point vous flatter , mon cher abbé,que l’abbé de Guasco vous écrive de sa maintriomphante; mais si vous étiez ex-ministre desaffaires étrangères , il iroit dîner chez vous pourvous consoler a . Le pauvre homme promène sonoeil sur toutes les brochures, prodigue son mau-vais estomac pour toutes les invitations de dînersd’ambassadeurs, et ruine sa poitrine au servicede son Cantemir b et de son Clément V; ce quin’empêche pas qu’on ne trouve son Cantemir très-froid : mais c’est la faute de feu son excellence.
Il n’y a aucune apparence que j’aille en An-gleterre; il y en a une beaucoup plus grande quej’irai à la Brède. J’écris une lettre de félicitationau président de la Lane sur sa réception à l’aca-démie. Ronardi, le président de cette académie,qui est venu me raconter tous les dîners qu’il a
a Le marquis d’Argenson, ci-devant ministre des affairesétrangères, après sa démission, donnoit à dîner à ses confrèrestous les jours d’assemblée d’académie, se dédommageant ainside son désoeuvrement avec les gens de lettres ; et l’abbé deGuasco, qui venoit d’étre requ à l’académie des inscriptions,avoit été admis au nombre des convives.
b L’abbé de Guasco a traduit les satyres du prince Cantemir,ambassadeur de Russie à la cour de France.