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Tome premier.
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Ij6 J? E L? E S P R I T t

Kn effet , si les combinaisons du jeu des échecsfont infinies, si l’on n’y peut exceller fans en faireun grand nombre ; pourquoi le public ne donne-t-ilpas aux grands joueurs d’échecs le titre de grandsesprits ? C’est que leurs idées ne lui font utiles nicomme agréables, ni comme instructives, & qu’iln’a, par conséquent, nul intérêt de les estimer : or ,l’intérêt ( 1 ) préside à tous nos jugemens. Si le pu-blic a toujours fait peu de cas de ces erreurs dontl’invention suppose quelquefois plus de combinai-sons & d’efprit que la découverte d’une vérité , &s’il estime plus Locke que Maliebranc'ne, c’est qu’ilmesure toujours son estime sur ion intérêt. A quelleautre balance peseroit-il le mérite des idées des hom-mes : Chaque particulier juge des choses & des per-sonnes par l’impreffion agréable ou désagréable qu’ilen reçoit : le public n’est que l’astemblage de tousles particuliers ; il ne peut donc jamais prendre queson utilité pour règle de ses jugemens.

Ce point de vue, fous lequel j examine l’esprit,est, je crois, le seul sous lequel il doive être consi-déré. C’est Tunique manière d’apprécier le mérite dechaque idée , de fixer fur ce point l’incertìtude de

(i) Le vulgaire restreint communément la significationde ce mot intérêt au seul amour de T argent : le lecteuréclairé sentira que je prends ce mot dans un sens plusétendu, & que je rapplique généralement à tout ce quipeut nous procurer des plaisirs, ou nous soustraire à despeines.