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Tome premier.
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•s8o V E l' E S P R 1 T’.

C’est donc à l’habitude des actions qui lui sonsutiles, qu’un particulier donne le nom de probité;je dis , des actions, parcs qu on n’est point juge desintentions. Comment le íeroit-on - Une action n estpresque jamais l’eífet d’un sentiment ; nous ignoronssouvent nous-mêmes les motiís qui nous détermi-nent. Un homme opulent enrichit un homme esti-mable & pauvre : il fait , fans doute, une bonneaction ; mais cette action est-elle uniquement lesterdu dc-fir de faire un heureux? La pitié , l’eípoirdela reconnoiiìance , la vanité même ; tous ces diversmotifs séparés ou réunis, ne peuvent-ils pas, à ioniníu , lavoir déterminé à cette action louable ? Or,iì le plus souvent Ion ignore loi-meme les motifs deson bienfait, comment le public les appercevroit-il ?Ce n'est donc que par les actions des hommes quele public peut juger de leur probité.

Je conviens que certe manière de juger est encorefautive. Un homme a , par exemple, vingt degrésde pafùon pour la vertu , mais il aime ; il a trentedegrés d’amour pour une femme, & cette femmeen veut faire un aíîaíïïn : dans cette hypothèse, ilest certain que cet homme est plus près du forfaitque celui qui, n’ayant que dix degrés de paillon pourla vertu > n’aura que cinq degrés d’amour pour cetteméchante femme. D’où je conclus que , de deuxhommes , le plus honnête dans íes actions , est quel-quefois le moins passionné pour la vertu.

Áuíìi tout philosophe convient que la vertu deshommes dépend infiniment des circonstances dans