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auront plus d’estime pour le constructeur de vaisseau,le botaniste & le médecin , que n’en auront, pources mêmes hommes , le libraire , l’orfevre & lemaçon, qui leur préféreront toujours le romancier,le destinaient & l’architecte.
Loríqu’il s'agira d’idées propres à combattre ou àfavoriser nos pallions ou nos goûts, les plus estima-bles à nos yeux seront , lans contredit, les idées quiHatteront le plus ces mêmes pallions ou ces mêmesgoûts (t). Une femme tendre fera plus de cas d’unroman que d’un livre de métaphysique : un hommetel que Charles XII préférera l’histoire d’Alexandreà tout autre ouvrage : savate ne trouvera certaine-ment d’efprir qu a ceux qui lui indiqueront le moyende placer ion argent au plus gros intérêt.
En fait d'opinions, comme en fait de passions,pour estimer les idées d'autrui, il faut être intéresseà les estimer ; fur quoi j'observerai qu’à ce dernierégard les hommes peuvent être mus par deux fortesd’intérêt.
(i) Pour se moquer d’une grande parleuse, femme d’es-pric d’ailleurs, on s’avisa de lui présenter un homme qu’onlui dit être un homme de beaucoup d’esprit. Cette femmele reçoit à merveille; mais, pressée de s’en faire admirer,elle se met à parler, lui fait cent questions différentes,fans s’appercevoir qu’il ne répondoit rien. La visite faite :Etes-vous , lui dit on , contente de votre présenté? Qu'il estcharmant ! répondit - elle > qu il a d‘esprit ! A cette excla-mation , chacun éclata de rire : ce grand esprit, c’étoitun muet.