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Tome premier.
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DE L’ E S P R I T. 271

doute, que le poète & le géomètre, en feroient-ilsmoins estimés ì

C’est que le public sent confusément que l’estimeest, entre ses mains, un trésor imaginaire, qui n’ade valeur réelle qu’autant qu’il en fait une distributionsage & ménagée ; que, pat conséquent, il ne doitpoinr'attacher d estime à des travaux dont tous leshommes font capables. L’estime , alors devenue tropcommune, perdroit, pour ainsi dire, toute fa vertu ;elle ne féconderait plus les germes d esprit & de pro-bité répandus dans routes les âmes, 6c ne produiraitplus ensin ces hommes illustres en tous les genres,qu’anime à la poursuite de la gloire la difficulté del’obtenir. Le public apperçoit donc qu a l'égard del’agriculture , c’est l’art & non l’artisie qu’il doit ho-norer ; & que s’il a jadis, fous les noms de Cérès &de Bacchus, déifié le premier laboureur & le premiervigneron, cet honneur, si justement accordé aux in-venteurs de l’agriculture, ne doit point être prodiguéà des manœuvres.

Dans tout pays où le paysan n’est point surchargéd’impôts, l’espoir du gain, attaché à celui de la ré*coite, suffit pour l’engager à la culture des terres; &j’en conclus que, dans certains cas, comme l’a déjàfait voir M. Duclos ( 1 ), il est de l’intérêt des nationsde proportionner leur estime, non-feulement à futi-lité d’un art, mais encore à fa difficulté.

(1) Voyez son excellent ouvrage, intitulé : Considéra-tions fur les mœurs de ce siécle.