DE L’ E S P R I T,
DISCOURS III.
Sl L’ESPRIT DOIT ÊTRE CONSIDÉRÉ COMMEUN DON DE LA NATURE , OU COMME UNEFFET DE VÉDUCATION.
CHAPITRE PREMIER.
Je vais examiner, dans ce Discours, ce que peuventfur l’esprit la nature ëc l’éducation : pour cet effet,je dois d’abord déterminer ce qu’on entend par le motNature.
Ce mot peut exciter en nous l’idée confuse d’un êtreou d’une force qui nous a doués de tous nos sens : or,les sens font les sources de toutes nos idées; privés d’unsens, nous sommes privés de toutes les idées qui y fontrelatives ; un aveugle-né n’a , par cette raison, aucuneidée des couleurs : il est donc évident que, dans cettesignification, l’esprit doit être, en entier , considérécomme un don de la nature.
Mais si l’on prend ce mot dans une acception dif-férente ; & si l’on suppose qu’entre les hommes bienconformés , doués de tous leurs sens, & dans l’orga-nifation desquels on n’apperçoit aucun défaut , lanature cependant ait mis de fi grandes différences, &des dispositions si inégales à l’esprit, que les uns soient
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