5 DE L* ESPRIT?
il partit j pour examiner h la lune ne gravitoit pas versla terre avec la même force que les corps tombent furfa surface. C’est donc au halard que les grands géniesont dû souvent les idées les plus ben renies. Combiende gens d’elprit restent confondus dans la foule deshommes médiocres, faute , ou d une certaine tran-quillité dame, ou de la rencontre d'un jardinier, oude la chûte d’une pomme !
Je sens qu’on ne peut d abord, fans quelque peine,attribuer de si grands effets à des causes li éloignéees,
6 si petites en apparence (i). Cependant 1 expériencenous apprend que , dans le physique , comme dans lemoral, les plus grands évènemens font louventleffet descaufespreíqueimperceptibles. Quidoutequ'Alexandre
(r) On lit, dans l f Anr.ée littéraire , que Eoileau , en-core enfant, jouant dans une cour, tomba. Dans fa chûte,fa jaquette se retrousse ; un dindon lui donne plusieurscoups de bec fur une partie très-délicate. Eoileau en futtoute fa vie incommodé : & de-là,peut-être, cette sévé-rité de mœurs, cette disette de sentiment qu’on remarquedans tous fes ouvrages; de-là, fa satyre contre ks femmes,contre Lulli, Quinault, & contre toutes les poésies ga-lantes.
Peut-être son antipathie contre les dindons ,occasionna-nte 1 aversion secrète qu il eut toujours pour les jésuites,qui les ont apportés en France. C’est à !'accident qui luiétoit arrivé , qu’on doit peut-être fa satyre fur l’équi-voque, son admiration pour M. Arnaud, Sc son épîtrefur l'amour de Dieu ; tant il est vrai que ce font souventdes cailles imperceptibles qui déterminent toute la con-duite de la vie & toute la fuite de aos idées.